vendredi 8 juin 2018

Avis - Chanson douce, de Leïla Slimani

« Il n'y a personne pour faire traverser la rue. D'habitude, il y a toujours quelqu'un, en gilet fluorescent, une petite pancarte à la main. Soit ce jeune homme édenté qu'elle soupçonne de sortir de prison, soit cette grande femme noire qui connaît les prénoms des enfants. Personne non plus devant l'école. Louise est seule, comme une idiote. Un goût aigre lui pique la langue, elle a envie de vomir. Les enfants ne sont pas là. Elle marche la tête basse à présent, en larmes. Les enfants sont en vacances. Elle est seule, elle a oublié. Elle se tape le front, paniquée. »




Chanson douce n’a de doux que le nom. Quand Myriam décide de reprendre le travail, ils décident avec son mari de prendre une nounou pour leurs deux enfants. Après plusieurs entretiens lamentables, ils font la rencontre de Louise. Louise semble parfaite, gentille avec les enfants, polie et souriante. Petit à petit, la présence de Louise se fait plus régulière, elle fait le ménage, la vaisselle et prépare les repas. Louise est une bénédiction pour cette famille. Jusqu’à ce que cette présence devienne pesante et inquiétante. 


Comment une personne s’immisce dans la vie de quelqu’un à en devenir indispensable ? Comment elle tisse sa toile pour en arriver au drame ? 

L’écriture est sincère. Le dénouement des fils se fait minutieusement. On lève le voile sur la personnalité de Louise par bribes. Une lecture où la tension est palpable.

Une histoire très bien menée, mais j’aurais aimé qu’il y en ai plus, que l’on en découvre plus sur Louise et sur le fonctionnement de son esprit, plus sur la naissance de sa rancœur qui l’a poussé à passer à l’acte cet après-midi-là, à 16h.

mercredi 7 février 2018

Avis - Entre chiens et loups, de Malorie Blackman



« I hadn't fully realized just how powerful words could be before this. Whoever came up with the saying 'sticks and stones may break my bones but words will never hurt me' was talking out of his or her armpit. »



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« Entre chiens et loups » écrit par Malorie Blackman. Une dystopie dans laquelle deux êtres tentent d’avancer tant bien que mal malgré tout. Un monde où tout est noir et blanc, et où ces deux couleurs ne font pas de gris. Sephy et Callum, les jeunes héros ne peuvent pas être ensemble pour les raisons citées, ils ne viennent pas du même monde mais font face aux mêmes réalités, jamais ils ne pourront être ensemble sans blesser quelqu’un, un travail sur le racisme très bien mené. 

Au-delà de ça, cette histoire pointe du doigt des questions politiques non négligeable. Si proche de la réalité que ça en fait froid dans le dos.

Cette histoire est touchante et bien menée, c’est un livre jeunesse mais aucunement enfantin. Il y a un travail détaillé sur la personnalité des personnages ainsi que sur leur psychologie. J’ai d’ailleurs particulièrement aimé Lynette. Chaque chapitre alterne les pensées de Callum puis de Sephy, ce qui rythme l’histoire, et permet au lecteur de suivre les aventures et de se faire une opinion en prenant en compte les deux points de vue.  

Et je vous recommande un cœur bien accroché pour cette fin, parfaite à mes yeux mais si dure.

mardi 17 octobre 2017

Avis - Brooklyn Follies, de Paul Auster


<< Avec Harry, une réaction simple ne suffisait jamais. Il fallait qu'une flamme anime ce que vous disiez, une effervescence démontrant que vous étiez autre chose qu'un simple lourdaud de plus sur les chemins de la vie. >>

Un livre au hasard. Un livre mystérieux au fond d'un papier kraft. Une seule phrase "En route vers l'hôtel Existence". Un livre qui vous emporte. 

C'est un livre d'histoires. Ce sont des histoires de vie(s). Des vies palpitantes. Des vies pleines d'actions, de tristesses, de joies, d'imprévus, de bonnes ou de mauvaises surprises, de changements, d'états d'âmes, de pulsions du cœur, de routines, de rencontres, de retrouvailles, de pertes, de littérature, de grandes idées et de destins. 

Un livre qui vous reste en tête. Paul Auster est un brillant écrivain qui sait parler de la vie humaine, de ces sentiments et questionnements, mais pas que. Brooklyn fait partie intégrante de l'histoire, elle est une musique de fond que l'on ne remarque plus mais qu'on sait bien présente, et qui parfois nous hypnotise.

<< Et pourtant - qu'est-ce que la vie humaine peut avoir de plus mystérieux que ce pourtant ? >>  




vendredi 23 juin 2017

Avis - Le chat qui venait du ciel, de Hiraide Takashi

Un petit livre, vraiment tout petit, mais vraiment très beau.

Ce livre parle d'un chat, du Japon, d'un couple, d'un passage de l'éclair, d'un pavillon, d'écriture, de la vie et de la mort, d'un jardin, de la tristesse et de la joie, des petites choses du quotidien, des habitudes et du changement. 

Cette histoire nous plonge dans un moment de vie. Il y a très peu d'actions, ce n'est pas un livre d'aventure, mais plutôt la petite aventure d'une vie. Un livre qui nous pousse à le contempler. Un livre poétique.
Si vous détestez les chats, ce n'est pas forcément fait pour vous.  

<< J'avais été témoin de scènes où, dévoués corps et âme à leur chat, ils n'éprouvaient pas la moindre honte, indifférents à tout jugement >>

C'est un livre qui se lit au calme, pour une douce parenthèse qui nous emmène en voyage au Japon. 

Ce livre c'est Le chat qui venait du ciel, de Hiraide Takashi.

vendredi 12 mai 2017

Avis - Charlotte, de David Foenkinos


« Il a des théories sur le rangement des livres.
Notamment celle du bon voisinage
Le livre que l'on cherche n'est pas forcément celui que l'on doit lire.
Il faut regarder celui d'à côté »

Charlotte Salomon, peintre juive allemande du XXe siècle, assassinée alors qu'elle n'avait que 26 ans, enceinte. 

Charlotte a vécu une vie difficile, bercée d'une mélancolie qui se transmet de mère en fille. Une mélancolie qui fait d'elle une enfant et une jeune fille qui semble ailleurs, très discrète qui parle très peu. Dès le début de sa vie, on sent le poids qui pèse sur elle. Charlotte porte le prénom de sa tante qui s'est suicidée, et voit sa mère partir elle aussi alors qu'elle est très jeune, suicidée elle aussi. 

Dans ce contexte de guerre, jusqu'à la Solution Finale, Charlotte fait des rencontres qui bouleversent sa vie, sa belle-mère, un médecin, un amour puis un deuxième.
Elle connait la fuite, l'exil, la peur, la reconnaissance et la haine, mais aussi l'amour, le désir et la perte de repères. 

Elle écrit et dessine tout ceci dans une œuvre intitulée
"Vie? ou théâtre?" conservée aujourd'hui au musée juif d'Amsterdam. 

Charlotte a connu un destin tragique, et ce dès sa plus tendre enfance, sans même qu'elle s'en rende compte. 

Est-ce la vie ou du théâtre ? Est-ce bien réel ? Qui sait.